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Kuala Lumpur, la surprise est à chaque coin de rue.

 

Les vallées s'évasent, puis se forment en une petite chaîne montagneuse tâchée ci et là de palmes à huile. Une rivière s'y perd, mon regard sur la carte aussi.

Où sommes nous exactement ? Titi Wangsa, cela doit être ça….

Cela fait trois heures trente que nous traversons la péninsule depuis Kuantan ; et du bus Transnasional nous apercevons au loin briller de milles éclats ses deux tours jumelles.

Kuala Lumpur, la capitale. Citadine inattendue, surprenante.

KL nous apparaît comme une métropole du quatrième millénaire.

Les géants verts de Sekayu ou de Cini sont remplacés ici par une jungle de gratte ciels ; les méandres fluviaux par de béantes artères roulantes ; les insectes par un métro aérien ; le soleil par des écrans géants ornant les façades de buildings…

Kuala Lumpur est une capitale futuriste, une mosaïque d'urbanisme moderne…quel contraste avec nos ressentis et notre expérience des vingt quatre jours derniers. Nous descendons du bus avant le terminus, sans connaître véritablement le lieu précis.

 En se faufilant, un véhicule nous klaxonne. Des soutes du bus, nous jetons nos sacs dans le coffre du taxi.

- Concorde hotel, please.

Sur les conseils du couple Danois rencontré à Pulau Kapas, nous avons opté pour le quartier du triangle d'or et cet hôtel. Il ne figure pas parmi les moins chers de la capitale mais comme pour renouer à dose homéopathique avec ce qui nous attend en Europe il est devenu coutumier de terminer notre voyage sur une parenthèse de confort.

Je fuis à l'accoutumée les mondanités, les chichis bourgeois et les vernis intellectuels...mais après un mois de guesthouses et d'hôtels miteux, je dois ce soir me résigner. J'avoue ici sur ce carnet ; en ces instants de retour; de prendre plaisir au luxe des attentions et de coucher dans un lit propre…

 Dimanche 14 Août

Pas de lever désagréablement odorant, ni urticant… la France n'est plus bien loin… Mais il nous reste encore toute la journée d'aujourd'hui et demain pour découvrir le visage et l'âme de la capitale. Le passage au buffet " breakfast " est bref, mais apprécié des enfants. Ils préfèrent les croissants et le pain, au riz sauté le matin, question d'habitude.

La ville est impressionnante, on ne sait où donner du regard. Surtout pour traverser les grands axes. Le flux routier est anarchique, massif mais dépaysant.

Notre objectif culturel de la journée est de rallier le quartier de Chinatown et de Little India. Nous n'avons pas de plan, autre que celui fourni dans les guides.

 Maigres secours.

Je propose, assuré et rassurant, que nous marchions vers le nord de l'hôtel. Fort en course d'orientation au collège ; au bout du monde les acquis ne sont pas réinvestis.

 Aujourd'hui on va marcher.

Chaleur, macadam, fatigue.

Kuala Lumpur est une ville de demain, en perpétuelle effervescence, en plein chantier. Chaque coin de rue est repensé ; chaque espace investit des grues. Les pluies financières grandissent et remplacent les maisons traditionnelles en une moderne et véritable champignonnière bétonnée …Kuala veut être une grande aux yeux des capitalistes , à nous , hommes au regard amnésique.

La capitale malaise imite malheureusement l'occident, et dérive au gré des vents impérialistes américains. Les avenues sont gigantesques, parfaites pour s'égarer. Au pied d'une tour de miroirs, nous prenons un bus au pif. Le hasard nous évite trois bons kilomètres sous la température assassine ; une demie heure après nous arrivons à destination.

Je lève la tête et lis Jalan Masjid India, nous sommes à Little India.

L'encens brûle et s'envole en nous titillant le nez, les boutiques de saris et sarongs illuminent nos regards perdus, les notes de musique Hindi envoûtent nos oreilles, les effluves d'épices habitent nos narines… Quartier haut en couleurs, fort en odeurs.

Moments tachés d'incertitudes et d'inquiétudes.Isabelle ne se sent pas très bien.

Son teint est pâle et manque à deux reprises de perdre connaissance, pour moi l'heure est à la prise de conscience, aux bilans.

Au-delà des rencontres et de l'extraordinaire que procure le voyage, ce dernier permet aussi de mettre la lumière sur les trésors et les diamants de sa vie. Le rythme de ce mois est effréné. Et depuis ce matin nous marchons, souffrons, sous le feu du soleil.

Je masque mon angoisse et tente d'être rassurant pour mes moitiés. C'est sans doute une hypoglycémie, il lui faut du gaz, de l'énergie, de l'essence à son moteur.

Le premier foodstall fera l'affaire. Nasi ayam tandoori, ris fris au poulet façon indienne, pour tout le monde.

Les bouchées sont réparatrices. Ses yeux retrouvent peu à peu leur éclat. Observateur rassuré, rebus, la frénésie gagne l'angoisse.

 Nous remontons la rue principale de la petite Inde, pour rejoindre en quelques rues Chinatown. Sur notre route un resto végétarien proposant gâteaux en vitrine à la manière d'un salon de thé.

Nous marquons par curiosité un arrêt. Nous approchons pour en voir davantage.

Le piège se referme.

Les serveurs souriants nous accostent en nombre . Isabelle demande à l'un des cinq serveurs s'ils proposent du thé. Les indiens répondent de façon affirmative en nous invitant du regard et d'une main chaleureuse à rentrer.

 Le choix. Nous devons choisir. Damned.

Je m'approche de la vitrine et peux enfin apercevoir la palette de gâteaux. Un enfer pour les gourmands. Les gâteaux sont aussi repoussants les uns que les autres.

- What do you want ? En grand seigneur incapable, je lui en demande un des douze sorte. Il y'en a à pâte dure, en gelée, des verts, des rouges, des marrons….

Choix du thé maintenant. Leur accent est si prononcé que je saisis à peine leur anglais… j'entends Marsala tea, couillonnement je répète et en commande deux.

Le plat peu engageant atterrit sur notre table. Le thé dégage des arômes inconnus. Comme souvent, je suis le premier à tester.

En bouche, une vraie implosion de sucre. Pour un qui n'aime pas trop le sucré, je suis servi.

Pas moyen de s'en débarrasser, nous sommes surveillés. Quatre serveurs bordent notre table.

Vite tournez la tête que je balance ces horreurs au chat !!!

Afin de faire passer l'infâme, je prends une bonne gorgée de thé… Oh putain, je vais gerber. Les gâteaux en comparaison du thé, c'est de la fiotte.

Mais qu'est ce qu'il y 'a là dedans ?

 Morts de rire, mes tendres et chers m'abandonnent. Pas croyable, je vais être obligé de tout avaler.

 A cet instant je m'engage dans une infernale partie de ping pong gustative !

Je bois le thé pour oublier les saveurs de la sucrerie, et mange un gâteau pour effacer le goût du thé.

Moi qui germe comme un adolescent dès lors que je mange du chocolat ; dès demain j'ouvre une mercerie.