© 2013 yannsenant. Textes, photos, vidéos.Tout droits réservés
 
  

          Tasik Cini. Le lac Chini, l'étang, le temps…

Certains n'y verront qu'une simple balade en bateau …

Nous descendons du terre plain en direction du lac, près de Sungaï (fleuve) Pahang. Nous marchons sur le ponton donnant accès aux petites embarcations.

Le panorama est superbe.

                                                               

Nous sommes entourés de collines et de végétation, en pleine jungle…mais ici comme sur Bornéo, la forêt primaire a souffert. De nombreux hectares de cultures de palmiers à huile ont remplacés la forêt originelle.

C'est le triste constat de notre première quinzaine. Les sultanats locaux sont davantage intéressés par l'argent que génèrent ces plantations que par la préservation de leur environnement. Mais le constat d'un occidental restera aussi celui d'un riche, rebus, en mal et en quête d'exotisme. Nous autres occidentaux, croyons savoir exactement comment le reste du monde doit vivre.

La vérité se trouve bien ailleurs dans ces campagnes reculées. L'estomac, oui dans l'estomac. L'homme ne peut pas le fuir, et ici comme dans beaucoup de contrées, c'est l'organe le plus écouté. Que leur dire alors de nos belles pensées, de nos réflexions quant au devenir écologique désastreux de notre planète ? Conservez vos forêts ! Ne les détruisez pas ! … elles absorbent toutes les merdes que nos usines capitalistes crachent…. Notre bateau, comme le Titanic, coule et nous regardons ailleurs... Bateau, allez ! revenons à nos moutons…

Nous grimpons dans le notre, en lui souhaitant un meilleur sort que le transatlantique Britannique. Chacun s'installe prudemment dans la barcasse à moteur et s'assoit sur une planche large comme une paire de fesses…et selon la largesse du postérieur, la place est plus ou moins adaptée….j'y suis très très confortablement assis !!!! menteur…

 Le boat man démarre l'engin et le propulse au Nord du lac.

        

  

 C'est un lieu de plénitude où la beauté naturelle se déploie sous toutes ses formes, où la contemplation de la nature reste une émotion à l'état brut...

Le bateau s'enfonce dans les hauts papyrus et prend les portes naturelles. Cini est une succession de paysages, de vues. Un diaporama dont les images se suivent et ne se ressemblent pas. Le miroir tantôt bleu, devient brun puis vert. Les nénuphars aux bords roulés de couleur olive se prélassent à la chaleur, les herbes aquatiques sont de couleur tilleul, les roseaux verts…du rose aux verts ; touche de grâce et de couleur au tableau verdoyant. Les fleurs de lotus sont ici la signature, la folie artistique d'un grand maître sur sa toile. Spectacle offert à chaque floraison.

 Le bateau force le passage, les souples et vertigineux bambous s'écartent. Surprises, les grues s'envolent avec délicatesse…quand l'époustouflant de cet endroit magique survient.

Dans la géante verte au milieu de nulle part ; elle est posée là, sur l'eau.

        

Confectionnée de rondins, de bric et de broc, la maison sur pilotis nous fait face. Est elle habitée ? Réponse éclair à ma question.

Mon cœur s'emballe.

Cachées près d'un massif végétal ; elles remontent les filets dans le tronc taillé, leur pirogue. La maman et la fillette sont des Orang asli, descendantes indigènes. Et dans le plus grand respect, l'une enseigne à l'autre ce que l'on ne peut pas apprendre dans les livres.

 Moment fort, instant de vie. On prend encore une gifle aujourd'hui.

 

 

         

On pourrait rester là pendant des heures à les observer, mais nous comprenons que nous devons partir. Le temps du boat man est compté et nous pouvons déranger. C'est en sages que nous nous éloignons mais nos regards restent figés par ce que l'on vient de découvrir. La frustration naissante est de courte durée ; nous voguons vers ce que je croyais être le bout du lac, mais en réalité nous nous apprêtons à entrer dans un nouvel univers.

 Un monde de jungle où tous les éléments semblent vouloir prendre l'apparence de l'autre. Le métissage des genres. Les racines de palétuviers imitent des formes animales quand celles vivantes miment les espèces végétales.

 Branche qui tortille devient serpent, mante devient feuille, iguane bois.

 

    

Observation, imagination, admiration.

Spectateurs géants et muets de notre progression dans les méandres saumâtres; les hévéas observent, vous accompagnent. Dans le silence. Silence où l'écoute devient reine ; où Dame nature reprend ses droits. L'ambiance calfeutrée de la jungle permet alors d'apprécier les chants d'oiseaux, les vocalises des macaques, le son strident des insectes…la vie tout simplement.

Dans ce labyrinthe aquatique les libellules s'improvisent guides, nous attendent, nous dépassent…les photogéniques martins pêcheurs, identifiables par le bleu de leurs plûmes dorsales, nous devancent et me narguent. Traversant furtivement d'une rive à l'autre, d'arbre en arbre ; ces malins pêcheurs maintiennent toujours la même distance, suffisante pour être vus et trop éloignée pour l'objectif de mon numérique. Je perds au jeu du " vu pas pris ". La plus belle photographie est celle que l'on ramène dans sa tête… le bel oiseau restera mon plus beau cliché mental de la journée.

Nous rentrons ce soir sur Kuantan, les yeux et le cœur remplis de couleurs.

 

                                                       …pour moi Cini est une poésie…

      

     

HAUT DE PAGE