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Pulau Kapas, une sensation de paradis

 

Lundi 25 Juillet

Sept heures trente dans la salle du buffet du restaurant du Continental Hotel.

Saucisses grasses sur son lit de riz aux œufs fris, bacon dégoulinant sur son pain de mie accompagné de fayots à la tomate….le ballet d'assiettes est d'une grande classe culinaire…je ne pensais qu'il n'y avait que les américains ou les allemands capables d'ingurgiter ces mets rabelaisiens le matin.

Je revois ma copie et ajoute les singapouriens à la liste des clichés.

 Les viennoiseries sont boudées, Loîck et Morgann en profitent. Nos nuits dans les gros hôtels ne se limiteront qu'à nos découvertes citadines, c'est donc les seules opportunités qu'ils ont d'avaler un petit déjeuner occidental. Profitez, profitez…

Après vingt minutes de bus, nous arrivons sur le petit port de pêche de Marang pour huit heures trente. La marée basse ajoute du charme à l'endroit, les chalutiers sont couchés. Nous longeons la mer à travers des esplanades de pelouse vers des baraquements semblant être le point de départ pour Pulau Kapas.

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 Les appentis font office de guichets maritimes, et ici comme ailleurs la décontraction prime sur le reste.

 C'est sur le No women no cry de Marley que nous sommes accueillis. Le Malais rasta est au courant de notre venue, et me dit d'attendre en amont du quai car le pêcheur ne va pas tarder.

 Nous ne sommes pas seuls. La famille allemande rencontrée hier dans le Chinatown de Terrenganu fait partie du voyage. Un couple d'ami et un adolescent les a rejoint d'Allemagne cette nuit. Nous serons onze sur le bateau.

 Les deux familles sont heureuses de se retrouver, la bouteille de l'amitié ne tarde pas à sortir du sac à dos. Allez zou ! Une bonne lampée de Whisky à neuf heures du matin… Kai- Uwe, le père croisé hier, me tend la bouteille…non merci.

 Il parle relativement bien le français, et m'explique que cela faisait deux ans qu'ils ne s'étaient pas revus. Originaires de l'ex RDA, sa petite famille et lui vivent aujourd'hui à Bruxelles.

Chouette lieu que Kapas pour retrouver des amis….

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Les formes merveilleuses escarpées de Kapas se profilent, et promettent d'ores et déjà un côté plus sauvage que les Perhentians. Le cadre est fantastique, simple de perfection.

Palmiers, palétuviers, hévéas, plages immaculées et eaux cristallines.

L'excitation monte crescendo au fur et à mesure de notre progression sur ces eaux d'un vert émeraude fascinant. Nous marchons dans le sable farineux de Kapas à neuf heures cinquante. Le passage à la réception est une formalité. Notre bungalow est agréable, propre mais envahi par les fourmis. Bon ceci dit cela n'est pas étonnant, il embrasse la jungle. Et puis les petites bêtes ne mangent pas les grosses….

Un oblong de vert, quatre pointillés de blanc étincelant sur son flan ouest…c'est sûrement ce que l'on pourrait voir de Kapas si une vue aérienne nous était possible.

J'ai bien remarqué un sentier partant de notre bungalow dans la jungle mais pour le moment nous préférons emboîter le seul autre chemin de Kapas, la plage.

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Nous pensons rejoindre le nord de l'insoumise, ses fonds sous marins y sont parait il les plus beaux. La chaleur est proportionnelle à la beauté des paysages primitifs et indomptables des bords de mer. Nous entendons chants d'oiseaux, chuintements de bestioles aux apparences mystérieuses ; quand nous tombons sur un sillon dans le sable provenant de la mer menant jusqu'aux portes de la jungle.

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 Les traces d'une tortue ? Ou un petit rigolo qui se serait amusé à imiter les empreintes de celle-ci ? Non pas ici.

Nous décidons de plonger librement à la pointe de Kapas, à partir de la dernière plage. L'anse semble dépourvue de corail, de vie. Les tâches sombres se concentrent davantage dans le chenal séparant Kapas de Pulau Gemia, large d'une centaine de mètres. Mais pour l'atteindre à la nage, il nous faut dépasser l'anse, quitter des yeux les affaires, papiers…Le risque est trop important même s'il n'y a personne dans le coin ; nous louerons un petit bateau cet après midi.

Puisque fainéanter dans un monde nouveau est la plus absorbante des occupations, nous nous posons là quelques instants avant d'aller déjeuner. Sable doux aux pieds, nous embarquons à quinze heures dans le bateau, pour snorkler.

La famille allemande et un couple de Danois ; arrivé hier ; nous accompagnent, les seuls autres touristes de Kapas.

Deux spots prévus : Garden coral sur le flan ouest de Pulau Gemia et le chenal de ce matin.

Du pont du bateau les fonds, par transparence, promettent d'ores et déjà une plongée riche en couleurs.

L'immersion est sans surprise, éclatante, poétiquement colorée.

Les grands arbres de corail surplombent les prairies fleuries de coraux mous ; leur feuillage corallien mauve abrite moult espèces de poissons venus chercher l'ombre ou l'abri. Les spongiaires, les gorgones, les alcyons, les coraux fil de fer, les anémones ou les vers sapins de Noël pourraient faire rougir d'humiliation n'importe quel arc en ciel.

C'est aucun doute les plus belles enluminures du livre sous marin que la nature nous ait ouvert. Quels regrets de n'avoir plus mon compact étanche…

Vivre de tels moments vous dépouille de vos habitudes comme d'un volumineux emballage, on s'en retrouve alors ramené à de humbles proportions. Plus ouvert au dialogue, à la curiosité, à l'intuition aussi, au coup de foudre. Oui ! Kapas est notre premier de coup de cœur en Malaisie, et nous pouvons partager nos émotions avec nos compagnons européens.

 Eux aussi sont sous le charme… L'ambiance à bord est récréative et passionnante.

 La famille d'outre Rhin et le couple Danois, Martine et Klaus, sont des personnes aussi charmantes que cultivées. Les échanges dans notre langue facilitent l'expression de notre enthousiasme, cancres français que nous sommes…nous sympathisons tous.

 Martine et Klaus nous confirment que des tortues vertes viennent pondre tous les soirs sur les plages de la pointe nord, en apprentis biologistes nous prenons rendez vous et décidons tous de se retrouver après le dîner.

 En revenant sur le bungalow nous dérangeons trois gros varans venus profiter des dernières chaleurs émanant des pavés du sentier.

Se mouvant maladroitement, l'arrière train gambillant, les reptiles empruntent le chemin indiquant " Jungle trek "…serait ce une invitation ? Prenez garde, bande de pétochards…on arrive.

La végétation est dense, nous pénétrons rapidement dans l'antre de la verte. Je joue à l'éclaireur. Le corps puant le suint, attire des myriades de bestioles formant des auréoles bourdonnantes sur mon magnifique crâne...des moustiques ? Oui mais croisés avec des mouettes alors !!!

Se mouvant maladroitement, les arrières train gambillant, la famille Senant emprunte le chemin inverse du " jungle trek "…c'est parce qu'on avait pas mis notre répulsif anti- albatros.

La douche élimine radicalement les insectes venus se perdre sur notre peau ; fin propres, nous allons dîner. Déchaussés sur la terrasse en teck, une lourde odeur venant des cuisines nous titille les narines. On mange du poisson ce soir. En direction des deux autres tables, les grimaces danoises et allemandes sont généreuses.

Quatre petites assiettes atterrissent sur notre desserte dans une attente et un respect silencieux, pour quelques secondes.

Au menu de ce soir :

- Têtes de poissons salées et séchées au soleil.

- Soupe aux pattes de volailles A.O.N.C. (Appellation d'origine Non contrôlée).

- Foies des volailles amputées.

- Accompagnement : riz blanc.

 

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On pense alors soudainement aux infections foudroyantes, au jaune pisseux, ou aux vomissements effroyables… cela sera riz blanc pour tout le monde.

On s'épuise à se retenir de rire. Les yeux pleins de larmes et le souffle coupé, Loïck et moi partons dans un de ces excès d'hilarité irrépressible.

 Mauvais repas, bon moment.

Vingt deux heures, les biologistes en herbe décollent. Les gosses sont excités. Après vingt minutes de marche nous arrivons sur la même plage que ce matin, idéale pensons nous pour venir pondre. Seul hic, la marée est basse…Nous resterons assis trois heures au clair de lune, le regard perdu sur le rivage…pas de tortues.

Nous aurons peut être davantage de chance demain.

       

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