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 En piste pour DERAWAN

Marcher sous la lune revient à mettre la lumière sur l’essentiel ...

Pour Christian, un ami parti trop vite.

 Jour 1

 Il est sept heures. Et nous sacs aux dos vers le nouveau terminal des minibus de Semporna.

Tawau est à un peu plus d’une heure de route. Nous avons le temps car le ferry pour notre prochaine destination n’est qu’à onze heures.

 Avant d’embarquer le change est impératif. Nous n’avons aucun rupiah en poche, ni un seul ringgit malais. Il nous reste les pratiques mais contraignants traveller chèques. Dotées du système adéquat, seules les Maybank ; institutions gouvernementales ; sont en mesure de transformer nos solides bouts de papier en liquide.

Et la contrainte c’est que le samedi ces banques sont fermées, nous en avons déjà fait l’expérience samedi dernier sur Kota kinabalu. La Maybank de Tawau est celle qui confirme la règle ; pour notre bonheur et à notre plus grande surprise elle est ouverte aujourd’hui. Le cœur allégé, nous prenons un taxi pour nous rapprocher du port de Tawau.

 Outre les relents malodorants, le port « international » a quelque chose de stupéfiant. On ne le trouve que par le fruit du hasard. Il ressemble davantage à un marché qu’à un emplacement réservé aux départs pour l’Indonésie.

 Nous approchons de ce que nous imaginons être les quais, les gens ne tardent pas à nous indiquer du pouce les sas grillagés, salle d’attente pour le passage devant le service d’immigration. Le flux est important sur une file. La seconde, réservée aux étrangers est vide. Nous n’apercevons pas un seul occidental.Bon signe, gage d’authenticité.

 Pourtant je suis angoissé ce matin. La peur ? Oui. Risqué ? Peut être. Mais libres.

Cette année nous partons pour le Kalimantan, partie Indonésienne de Bornéo, de la manière la plus culottée et irraisonnable qui soit. Pas de guide du routard ni de lonely planet ; cette année c’est l’aventure.

Si Icare avait en ligne de mire le ciel au bout de ses ailes, ; comme lui et dans la plus simple des ignorances, nous écrivons ici à la porte de l’Indonésie une page inoubliable de notre histoire de voyageurs.

Mais d’un geste plein d’amour, le pays ne tardera pas à fondre la cire de mes tourments matinaux. Comme pour toutes les situations nouvelles de la vie, le plus difficile c’est le premier pas. Mais sans le réaliser nous l’avions déjà franchi lors de notre demande de visa auprès du Consulat Indonésien basé à Tawau.

Quatre coups de tampons….nous y sommes, nous avons franchis le second sas. A travers les grilles, nous apercevons rapidement notre ferry pour Tarakan, accosté à trois bateaux du quai. De loin ; malgré la rouille ; l’allure de l’Indomaya express semble acceptable.

Du sas jusqu’au quai nous assistons à une fourmilière humaine, un va et vient impressionnant. Porteurs et passagers se croisent, marchent, courent et se bousculent arnachiquement. Hésitants nous avançons, empruntons l’unique passerelle sur laquelle nous devons forcer le passage pour espérer atteindre le dit quai.

- Ahhh !!!! Quand même...

Les minutes suivantes s’annoncent périlleuses. Pour rejoindre l’Indomaya express, il nous faut traverser les deux navires sur lesquels les portes latérales n’existent pas. Et rien ne facilite la circulation sur les périmètres.

Les bagages, cartons, cagettes de bestioles vivantes et autres bardats trouvent leur place sur les ponts en fonction de la force avec laquelle ils ont été projetés. Un porteur me propose ses soins…je décline et préfère m’occuper de nos sacs, même si cela doit me coûter une suée.

 Atteindre l’Indomaya est un abominable cirque. Comme sur la piste aux étoiles les qualités d’équilibre sont rudement mises à contribution...

Larges comme deux pieds, les ponts sont extraordinairement occupés. Arriver dans les cabines pour poser son derrière sur l’un des sièges du bateau est une victoire en soit. Agilité, improvisation, synchronisation ; déambuler ici revient à pratiquer le trapèze sans filet….pas banal pour un port de pêche.

 Minutes périlleuses mais souriantes. Le ferry est un bourrier flottant, mais de standing. Passons sur les effluves d’urines émanant de la proue et sur les centaines de cafards habitant les sièges ; il y ‘a la télévision et la clim’….Oui Môssieur !!! Si la fraîcheur fut la bienvenue après ma suée, les seize degrés ambiants nous obligent à sortir les vestes et à réaliser que des hordes de cancrelats ont investit nos sacs. Isa est « ravie ».

 Les trois heures trente de traversée ne s’avère pas être une des plus agréables.

 Cela caille, ça gratte et ça pu pour faire court.

 Et pour couronner le tout on bouffe de la Britney Spears en boucle sur le Vidéo CD. Un bonheur.

Vivement Tarakan.

De l’hublot j’aperçois le littoral de Tarakan. Surprenant. Je m’attendais à voir tout sauf un horizon parsemé de grues et de cargos posés comme des corbeilles. Le port de Tarakan semble être un carrefour commercial ou industriel ; où les truck boat et autres porte container se partagent l’espace maritime. Notre descente du ferry est vite remarquée et plus compliquée que pour notre embarquement à Tawau. La galère se répète, il nous faut traverser deux bateaux pour atteindre la jetée.

Maudite et inaccessible jetée…

 L’escalier menant en haut du quai est constitué de deux paliers, sans plancher. De ces derniers il ne reste plus que l’armature métallique ; et à nous de jouer les fildeféristes, sacs au dos, sur les poutres de trois mètres larges comme deux pieds joints. Le moindre écart se solderait par un plouf saumâtre. Débrouillards motivés ou chanceux nous arrivons secs sur la terre ferme, théâtre de fermes négociations. Plusieurs hommes braillent entre eux ; nous sommes au centre de leur discussion. Qui va avoir la course ?

- Mau ke mana ? Dari mana kamu? Personne ne parle anglais.

Prévoyant, je sors mon « Parler Indonésien en dix leçons » et la carte géographique du Kalimantan. La présence d’occidentaux n’est pas coutumière, la notre déclenche rapidement une vague de curiosité pleine de bonheur simple. La foule enfle et devient telle autour de nous quatre que l’on pourrait croire qu’on distribue des valises de billets.

Regards observateurs, sourires, rires, les enfants sont l’objet de toutes les attentions. Premier constat, les Indonésiens sont adorables et patients….je mets dix minutes à trouver dans mon bouquin de poche ce qu’ils me demandaient.

- Kita..euh…mau mana tidur . Kita ...euhh!!! comment on dit être.....ne trouve pas le verbe être…. J’aurais du acheter l’édition « Comment apprendre l’Indonésien en dix minutes », cela aurait facilité les choses…

- Français c’est...Perancis !!! Kita Perancis !! Nous français !

- ZIDANE !!!!!! Perancis ZIDANE !!!….le geste du fameux coup de boule en sus. 

 Les présentations sont faites, penchons nous sur la carte. Je leur indique du doigt Tarakan et montre que nous souhaitons descendre sur l’archipel de Maratua car seule cette île est mentionnée sur la carte.

Derawan, île sur laquelle nous souhaitons dormir, n’est pas matérialisée. Notre indofranglais est handicapant, l’échange va durer une bonne demie heure. Il aurait pu durer trois jours si un conducteur de bémo bredouillant en anglais n’était pas venu sur ces entre faits.

 En quelques mots et gestes notre itinéraire est tracé.

- Tarakan/Tanjung Selor , Tanjung Selor / Berau , Berau / Derawan.

Le voyage promet d’être plus long que prévu; j’imaginais une liaison directe pour Derawan à partir d’ici. Nous allons devoir dormir sur Tarakan. La ville ou le bled de Tanjung Selor est situé à quelques centimètres au sud de Tarakan. Bien qu’elle soit continentale, nous devrions pouvoir la rejoindre par voie d’eau via les mangroves. Nous demandons au conducteur de bémo de nous emmener vers le centre ville, afin de choisir une chambre où nous poserons les sacs pour la nuit.

 Nouveaux billets, nouveau pays, nouvelle bananade…on se fait avoir. Nous payons cent mille rupiahs (neuf euros) pour atteindre le centre marchand. Une fortune. Plus aguerris et plus expérimentés, nous apprendrons plus tard que la course ne dépasse pas les trois mille rupiahs par personne…pas grave.

Tarakan est une île au large du Kalimantan mais sa ville prend les allures d’une continentale. Des KFC, des marchés, des hôtels, des Malls….Tarakan n’est pas paumé.

Le bémo nous dépose devant le Paradise hotel qui pratique des prix angéliques. Libérés des bagages et d’un billet de cent mille rupiahs pour la nuit et les petits déjeuners, nous partons en ville espérant recueillir davantage d’informations sur notre retour.

Nous devons impérativement revenir sur Tawau avant le Mardi 21 Août afin de rejoindre Kuala lumpur, synonyme de notre retour en Europe. Le chemin que nous parcourons aujourd’hui, nous contraindra à l’imiter dans son contraire demain.

 Jusque là nous jambes d’hercule n’ont eu le mérite que de repousser le mur de nos interrogations. En Malaisie nous n’avons pas été en mesure de connaître les jours de départ du ferry Tarakan / Tawau. Cela ne devrait être qu’une formalité ici.

Les traverses de la ville sont à l’image des réponses qui nous sont formulées, un véritable capharnaüm.

Vingt hommes nous répondent avec une authentique bonté. Cinquante mille probabilités en ressortent.

Seule certitude : l’heure. Les ferry partent pour la Malaisie à dix heures. Quand certains m’affirment qu’il existent des liaisons tous les jours, d’autres infirment en me confiant qu’il y’en a uniquement les mardis, Jeudis et Samedis.

La mécanique du retour semble bien mal rôdée. Nous convenons de revenir sur Tarakan le samedi 18 …en espérant que le bateau ne soit pas fantôme.

Dans toute cette glisse hallucinatoire, nous parvenons tout de même à localiser le port où les speedboats rallient Tanjung Selor. L’heure ne semble pas être un problème, il en part tout le temps. Pas à pas nous avançons et puis comme souvent dans la vie, le hasard a encore joué son rôle aujourd’hui. Par précaution et par expérience, nous nous lèverons tôt demain.

Jour 2

 Le flou de la veille s’est vengé de mes inquiétudes. Par fatigue, je suis mort. J’ai dormi par terre avec pour seule couverture mes questions encore présentes...

 Tanjung Selor ? Jusqu’à hier j’ignorais son existence. Et après ? Demain ?

 Jaune comme le miel ou doux comme le baiser de la mort ?

Je n’en sais malheureusement rien. Quand tout est réuni pour fondre en larmes, il y’a ma femme. Avec elle les doutes s’envolent. Dans ces moments là, elle prend le relais. J’arrive face à elle sans couleur, mes maux, et repars après ses mots comme un arc en ciel. Je n’en sais heureusement rien. Ce voyage est pour moi une expérience révélatrice. Marcher sans repères, sans informations, sans guides débouche sans le vouloir sur des sentiments nouveaux.

Pour mes tendres, rien n’est extraordinaire dans la manière. A chacun de nos voyages, ils ne savent rien et ne veulent rien connaître. Ils s’imprègnent et découvrent le pays avec la plus belle des qualités ; la naïveté. Regards neufs, sourires heureux, boulimiques de savoirs autres, riches de ce qui nous a nourris….la simplicité.

Je suis heureux de voyager avec eux.

 Nous foulons l’asphalte de l’entrée du port au soleil naissant. Nous nous dirigeons sur la droite de celui-ci, vers une bicoque en dur s’apparentant à un guichet. Un bureau, une souche, deux hommes. Rien d’autre.

 - Mau ke mana ? Où allez vous ?

- Tanjung Selor.

 Nous payons 70 000 rupiahs par personne, le même prix que les locaux, pour plus d’une heure de traversée. L’Indonésie nous semble aux premiers abords un poil plus cher que la Malaisie pour les transports.

 Le quai d’aujourd’hui, comme celui d’hier, est insondablement long. Les longues minutes de marche se transforment en un terrain d’observation, en un paysage de vies.

Comme des mains d’étoiles, la lumière du matin se répand sur les toits scintillants des mosquées de la rive gauche. Les frégates de Komodo tournoient, les poulets crêtés cocoricotent sur les monticules crotteux…

Pour un poète dans l’âme, c’est fantastique.

Le port des liaisons internes ; je ne connais pas son nom ; grouille et bouillonne de bateaux en tout genre. Comme un tableau d’affichage d’aéroport, les rabatteurs excités hurlent les nombreuses destinations. Incroyablement fou. Incroyablement vrai.

 C’est une autre planète.

 Hagards nous nous laissons guider, à défaut d’y comprendre quelque chose. Par je ne sais quel miracle, nous grimpons dans un speedboat.

Petite et fuselée, l’embarcation aux décorations fleuries accueille une vingtaine de passagers. La traversée n’est pas sans saveur car elle nous mène à notre premier rendez vous continental. Après quelques minutes de mer les mangroves ne tardent pas à nous livrer ses images : Labyrinthe saumâtre dont les murs de végétation, vert panaché, atteignent des hauteurs insouciantes. Cela me rappelle quelques reportages télé sur l’Amazonie.

 En chaque village perdu bordant le Kayan nous croyons découvrir Tanjung Selor. Une heure forte plus tard, nous apercevons la mystérieuse. La petite ville s’étend deux méandres, et dispose de plusieurs terrasses sur pilotis jouissant de l’humide ambiance et de la vie qu’offre Sungaï Kayan.

Nous n’avons pas encore accosté le quai branlant du modeste port que je nous imagine aisément sur ces modestes balcons de bois, passant du temps à écouter l’opéra de Dame nature. L’endroit respire la sérénité et dégage cette petite douceur de vivre que chacun aspire. Notre arrivée fait une fois de plus sensations, les habitués des terrasses se transforment en un clin d’œil en une horde d’amour. Pas moins d’une vingtaine de personnes.

Fiers et droits, viennent les hommes. Discrètes et de velours, suivent les femmes.

 D’une main, chacun d’eux souhaitent communier et partager la douceur des paumes de nos enfants. La scène est attendrissante, unique. Si simple, si belle.

- Mau ke mana ? Où allez vous ?

 - Berau, Tanjung gredeb.

Nous quittons cet instant de bonheur dans un véhicule généreux. Un grand père aux yeux rieurs nous conduit gratuitement à quelques baraquements de planches et de broc…la gare routière.

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Le Kalimantan s’ouvre à nous comme une porte de sourires ayant pour charnières de chaleureuses empoignades et un sens de l’accueil remarquable. Aucune minute n’est laissée à la galère, en deux coups de cuillère à pot nos sacs sont sur le toit du bus en partance pour Berau. Nous sommes les derniers passagers. Et comme partout où nous sommes allés, une fois le bus plein, le départ est imminent.

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Mécanique encore éteinte, le moteur des passagers Indonésiens tourne lui à plein régime. Guitare à la main, cigarette en bouche, une dizaine d’étudiants chantent à l’avant du bus. Pour se rendre intéressants, pour couvrir le volume de l’auto radio et pour couvrir le bruit la mécanique….

 

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Même si l’ambiance est récréative, le démarrage est un crève cœur pour les tympans.
- Il y’a des réacteurs de Tupolev sous le capot ?!
- Quoi ? Bon passons sur l’interlude sonore….
Il est midi et le ventre creux lorsque Berau nous livre le visage de ses rues. La portuaire semble modeste mais assez grande. Le bus y marque plusieurs arrêts mais nous ne savons pas au quel il est préférable de descendre. Je décide de le faire au prochain.
- Hello mister, hello mister…
Derrière nous, un jeune homme me salue à travers la fenêtre du car. Je n’avais pas prêté attention à l’arrière du bahut. A chaque ralentissement ou chaque stop, le pare choc avait fait le plein de curieux.
 - Hello mister….Apa Kabar ? Comment vas-tu ?
- Kabar baik. Je vais bien.
Mes quelques mots d’Indonésien déclenchent une joyeuse hystérie et promettent d’ores et déjà quelques minutes folles à notre descente du véhicule.
- Dari mana ? D’où venez vous ?
- Dari Perancis… De France.
- ZIDANE !!! L’histoire se répète.
- Ya Zidane. Oui Zidane.
Sans le savoir ma réponse nourrit déjà l’anecdote. Le car ralentit puis fait taire le vacarme mécanique devant un bâtiment en briques blanches. Un commissariat de police.
 Les bagages descendent du toit aussi rapidement qu’ils sont montés. Les curieux du pare choc aussi.
- Zidane, Zidane !!!! J’hoche la tête et acquiesce d’un sourire pour confirmer que je suis français comme le jeune retraité.
 Euphoriques, certains d’entre eux partent tout azimuts pour revenir en nombre.
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Une petite foule se forme autour de nous quatre quand un policier s’approche. Il parle anglais.
Cela ne va pas être du luxe. En quelques mots je lui communique notre souhait de rejoindre l’île de Derawan. Il me répond, mais je n’entends pas.
L’ambiance est digne d’un stade de football, un joyeux bordel. Les badeaux ne comprennent rien à la langue Shakespearienne, la frustration est palpable. Les Hello mister et les Zidane ne désemplissent pas. Le policier nous accompagne à pénétrer le commissariat afin d’échanger dans le calme.
 Avant de traverser la route, il nomme trois « volontaires » pour nos sacs. Nous nous sentons gênés. Nous entrons dans une pièce que j’imagine être le bureau du principal. Les chaises sont tirées, nous sommes invités à nous asseoir. Le fonctionnaire m’explique qu’il est trop tard pour espérer rejoindre Derawan en bateau à partir de Berau. Il m’apprend qu’il nous faut louer un 4x4 pour aller sur Tanjung Batu, un village se trouvant à quatre heures de piste d’ici.
 - Cela nous fait arriver vers 17 heures sur le village….Que fait on ?
- On y va. On trouvera peut être un bateau pour nous accompagner sur l’île. Me répond Isabelle.
- Je n’en sais rien. Ce qui m’inquiète c’est qu’il fait nuit à 18 heures et je doute que les pêcheurs partent à cette heure ci. Bon, au pire on dormira sur Tanjung Batu.
Le policier joue l’agent de voyage et me formalise qu’il s’occupe de tout.
 - Wait a moment please, i ‘ll call a friend.
- Terimah Kasih. Merci.
Dehors la foule a triplé. A travers les fenêtres j’aperçois des ballons de foot levés au ciel.
 - Oh ! didiou ce n’est pas possible. Regarde dehors Isa.
- Ils t’ont pris pour Zidane.
- Ils ne vont pas être déçus si je jongle…
Ceux me connaissant savent combien ma ressemblance avec le footballeur est aux antipodes de son physique. Elle se limite à la coupe de cheveux et à la nationalité. Pour ce qui est du reste, il faut avoir beaucoup d’imagination ….
Notre entrée dans le commissariat a sûrement donné de l’importance à la rumeur. Zinedine en vacance dans le Kalimantan….
Le quatre roues motrices arrive quelques minutes après l’amusante méprise. Deux jeunes Indonésiens à son bord. Tantôt agent de voyage, garant de la sécurité publique à ses heures, le policier s’improvise maintenant traducteur. Les jeunes hommes nous demandent près d’un million de rupiahs pour Tanjung Batu. Négociations ardues. Nous grimpons dans leur véhicule à 13 heures 30 pour un prix frôlant les cinq cent mille rupiahs (45 euros). C’est une coquette somme ici, mais je suis conscient que les quatre heures de piste nécessaires pour nous mener au village, le seront aussi pour revenir sur Berau.
La poignée de main avec le fonctionnaire est chaleureuse et reconnaissante.
Le dépaysement est garanti. La route suit le delta, sinuant au gré de l’eau, avant de se perdre au milieu du désert vert.
Asphaltée durant ses premières quarante cinq minutes, la piste devient poussière puis rapidement boue.
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De l’épaisse et de la bien molle. De la bonne et jolie boue. De l’originale, pas d’imitation possible. Elle couvre par endroit une surface telle de la piste qu’elle inviterait n’importe quel occidental effronté à faire chemin arrière.
 Impraticable n’est pas Indonésien.
 Le véhicule rebrousse chemin mais uniquement sur quelques mètres. Notre conducteur n’est pas un bobo, il parfait son élan. Pied au plancher, la troisième enclenchée ; le 4x4 fonce bouclier baissé, glisse, tourne parfois à quarante cinq degrés et surfe jusqu’à retrouver le dur et la poussière. Ici le 4x4 n’est pas comme par chez nous, un joujou inutile pour les champions du paraître.
 Au premier obstacle franchi, en vient un second. Celui-ci est de taille et donne matière aux complexes. Ouverts par les pneus des véhicules passés précédemment, les sillons de terre humide atteignent une quarantaine de centimètres de profondeur.
 Le rallye est difficile.
Un camion benne en a déjà fait les frais. Il est hors course et barre le seul accès « praticable » de la piste.
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 Les deux mains sur le haut du volant, notre Ari Vatanen local médite en marquant tout de même un temps certain.
 Minute sceptique, incertaine.
Il descend puis rejoint le chauffeur du camion stationné dans le fossé. Nous restons dans l’habitacle et observons. Les deux hommes échangent mots et gestes. Notre conducteur approche la patinoire brunâtre et étudie la trajectoire qu’il pourrait emprunter. Il déplace les timides poutres salies, et ajoute branchages pour un véhicule téméraire. Une mobylette chargée exagérément.
C’est avec le regard le plus amusé que nous attendons le plongeon de la pétrolette. Les deux jambes écartées en guise de béquilles, le motard s’en sort royalement… .Même pas drôle !!!
 Deux véhicules se joignent à au notre. Plus expérimentés ou plus effrontés, ils nous devancent. L’un d’eux tente sa chance sur le « pont » de fortune ; les roues braquent de manière entêtée avant de venir s’enliser à mi parcours. Les pneus crissent sur le lisse marron et dégagent une odeur de caoutchouc désagréable.
Le chauffeur doit se résigner, il est embourbé. Alors s’organise une équipe pour une poussée collective. La volonté des trois hommes ne suffit pas à alléger l’emprise. De la boue jusqu ‘aux chevilles, je mets mes kilos et mon passé de rugbyman à leur service.
La chaleur est écrasante, orageuse, à la limite du supportable. Les énergies déployées parviennent à déloger la voiture mais seulement de quelques mètres. De la tête aux pieds en passant par les dents, c’est en dalmatien que je me présente à la seconde épreuve.
Là rien n’y fait. Il faudrait appeler les all blacks.
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Une poutre est alors sortie de l’enfer marron, elle fera fonction de levier. La technique est salissante mais pragmatique. Elle permet aux 4x4 de rejoindre en moins d’une heure le dur.
La route est ensuite interminable.
Nous mettons en tout près de cinq heures pour rejoindre Tanjung Batu. Village du trou du cul du monde, mais charmant. On s’y sent vraiment bien.
Chèvres, vaches, chiens et enfants se partagent les chemins. Il est tard, la nuit est installée depuis quelques minutes.
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Nous apercevons du ponton de pêche Derawan, l’île n’est qu’à une quarantaine de minutes. Alors que nous nous imaginions passer la nuit je ne sais où sur Tanjung batu, un ancien se fait un honneur de nous chartériser sur l’île dès ce soir.
Une ballade sous la bonne étoile pour 200 000 rupiahs.
Nous arrivons au losmen Rezza, où l’accueil est à la hauteur de notre fatigue : ENORME !!! Des gamins partout sur la plage, des sourires et encore des sourires…..
 Douce nuit près de l’eau, bercés par les clapots des vagues sur les pilotis, tortues au bord du rivage…
Morphée nous arrivons....