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Notre rencontre avec le peuple Bajau

..L'extraordinaire se trouve sur le chemin des gens ordinaires….

Petit renfoncement sur la carte ; ressemblant à un aber en Bretagne ; L'estuaire promettait par son éloignement et sa situation, émotions.

Mais sur le papier tous les rêves sont permis, les craintes sur le terrain restent présentes.

Crainte de tomber sur un endroit surfait par la manne touristique, crainte de l'inconnu… Nous arrivons quand même sur le village de pêcheurs , dont je ne mentionnerais pas le nom volontairement. 

Notre descente du véhicule est très rapidement remarquée, l'accueil est très chaleureux et il ne nous faut pas 5 minutes pour se retrouver au milieu d'une dizaine de personnes. Ici on ne parle pas anglais, aussi je suis content d'être venu en taxi. Le chauffeur devient alors interprète.

Les négociations débutent et se terminent assez rapidement car le prix de la " croisière " est réciproquement équitable. Nous attendons quelques minutes sur les rondins de bois servant entre autre de ponton.

Minutes souriantes, passionnantes.

 La nature est généreuse aujourd'hui, la marée basse nous laisse l'occasion de découvrir les parades amoureuses des crabes violonistes, dérangées par le ballet incessant des poissons amphibiens. Les Malais sont amusés de voir un petit chauve photographier ces petites bêtes.

Un bruit de moteur met fin à notre observation : c'est le bateau, euh la pirogue…oui mais à moteur.

 " Pas bouger les enfants, pas bouger… " .

Le fond plat, et l'absence de balanciers rendent la navigation ballante, tanguante. Le moindre de nos gestes fait gesticuler l'embarcation.

 Les paysages sont authentiques, sauvages. Chaque recoin provoque en moi une sorte de démangeaison indexale, j'ai envie de tout photographier ! Au détour d'un massif de palétuviers, un ponton se dessine. Au fur et à mesure que nous progressons, un village sur pilotis nous fait  face.

Faut qu'on y aille…

                                             

 La pirogue se positionne parallèlement au ponton de rondins et de planches pour nous faciliter la grimpette sur le ponton. Nous sommes à 50 mètres du cœur du village, une demie douzaine d'enfants nous rejoignent.

 Les minutes qui suivent sont des minutes folles, irréelles mélangées de sentiments et d'émotions partagées.

Faut qu'on y aille, faut qu'on y aille… maintenant j'y suis, ou plutôt ON y est ….et le premier constat ; aujourd'hui ; est que je ne réfléchis pas, ou si je le fais c'est en égoïste mais inconsciemment.

Triste réflexion. Individualiste pour l'ethnie mais aussi pour les êtres que j'aime.

 Par ma décision de " provoquer " cette rencontre avec le peuple Bajau, n'ais je pas finalement bouleversé leur quotidien ? Risqué que ce village ne se disneylandise suite à la visite d'occidentaux, comme moi, boulimiques d'authenticité ? Et pour ma famille, est-ce que ma soif de rencontres peut justifier le risque de l'inconnu ?

 Aujourd'hui, oui.

Les enfants, comme souvent, mettent court aux interrogations d'adultes. Invités du regard par les enfants du village, Loïck fait les premiers pas… je suis toujours surpris par la sagesse de ce petit bonhomme, mon fils.

          

 

 Sortit tout droit d'un reportage d'Arte ou de National Geographic, nous buvons des yeux tout ce qui s'offre à nous : la vie !

 Pas à pas, muets nous découvrons les rituels des villageois. Les garçons jouent et rient. Les hommes sont assis, réunis, fument et discutent. Les femmes chiquent en préparant le dîner. Les petites filles observent et apprennent de leurs aînées.

 L'extraordinaire se trouve sur le chemin des gens ordinaires… ici, la phrase de Paulo Cuelho prend tout son sens. La simplicité, l'échange et le partage….simples mots dont les valeurs sont souvent oubliées par chez nous.

Le voyage vous forme et vous transforme.

La progression vers le centre du village provoque en moi un vrai tournis d'émotions, un dédale affectif. Nous sommes observés, touchés, interpellés, invités…. 

   

Un vieil homme parle, une enfant me fait comprendre qu'il souhaite que j'entre chez lui…. je me déchausse et le suis, un peu bêta.

 Bien que l'ensemble des habitations dégage un côté brut de forme, l'intérieur de celle-ci est soigneusement décoré. Des batiks et autres tissus très colorés ornent la pièce. Sur ma gauche, l'un à côté de l'autre, deux sièges sont disposés. Quelques femmes sont assises à même les planches au centre de la pièce, quand l'une d'elles m'offre un thé que j'accepte. Barrière de la langue " aidant " ; personne ne parle mais tout le monde se regarde, me regarde. La situation est étrangement irréelle au milieu de tous ces généreux sourires. Je ne comprendrais le soir venu, assis devant mon carnet de route, que j'avais été invité dans la maison du chef de village.

 Le thé ingurgité, je m'aperçois que je suis le seul à être entré ; ma femme et mes enfants ont été happés et invités à jouer par d'autres personnes.

Tout le village doit être ici autour de mes chers, ce qui rend la vue aussi insolite que remarquable.

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Ayant raté le début de partie ma femme m'expliquera que la règle consistait à parier sur une série de numéros dont une sorte de dés sculptés désignait le gagnant : la roulette de Bornéo !!

Je repars forcément à contre cœur, mais le vent se lève sur le lac et la pirogue n'appréciera pas.

 Mais le plus important est de s'en aller d'ici le cœur rempli, la tête grandie d'une leçon de vie.

Leçon sur des gens qui n'ont que l'essentiel mais qui donnent tout.

Je quitte ce peuple Bajau dont je ne connais pas grand-chose finalement ; sinon leur grandeur et leur simplicité…c'est comme ça, et ça vous saute à la gueule.

 Merci . Merci à eux.