© 2013 yannsenant. Textes, photos, vidéos.Tout droits réservés
 
 

Kota Bharu

 Voilà près de dix huit mois que je suis aimanté comme une aiguille vers son pôle, vers ces terres prometteuses de nature et de rencontres….

 Mes lectures ont été nombreuses mais le feu de mes interrogations reste vif…..ça y' est c'est parti. Le voyage commence dès l'aéroport.

Nous arrivons à Roissy assez tôt, notre avion affrété par la compagnie Malaysia Airlines ne décolle qu'à midi trente. Nous nous dirigeons vers le comptoir d'enregistrement, et devançons une famille asiatique. Ils sont une dizaine et Cambodgiens. La Malaisie sera pour eux comme pour bon nombre des passagers une escale, quelques heures de transit nécessaires afin de rejoindre leur destination finale. Certains vont à Bali, d'autres en Thaïlande mais eux iront à Phnom Penh.

 Joignant l'attente à l'agréable, nous échangeons avec nos futurs co-passagers. Nous partageons notre soif de voyages et de notre attirance amoureuse pour l'Asie.

La jolie famille part au Cambodge pour des vacances au parfum de retrouvailles. Leur histoire est magnifique, émouvante. Le Cambodge vit une période noire de son histoire dans les années 1970/ 1975. Suite à un coup d'état ; le parti communiste Khmer, sous la direction de Pol pot entrent dans Phom Penh avec la sanguinaire intention de vider de ses habitants les villes du pays. Les Khmers rouges brutalisent, ruralisent par la force le Cambodge. Le pays est transformé en un gigantesque camp de travail. Des millions de personnes meurent, d'autres arrivent à fuir comme la famille que nous rencontrons aujourd'hui. L'aîné m'explique que dans la panique de la fuite ils ont perdu un petit frère. Ils vivent alors dans l'angoisse, le malheur. On peut facilement imaginer….

 La vie est dure mais belle, ils apprennent après plusieurs années qu'il est en vie. Le petit dernier se marie dans huit jours. Le papa n'est plus, mais je lis dans le regard de la maman tout le bonheur qu'elle peut ressentir en ces instants. Nous embarquons dans l'avion, et nous nous installons sur notre siège pour une petite dizaine d'heures et une nuit blanche….

 Mercredi 20 Juillet

 Nous découvrons le Kuala Lumpur International Airport sous les brumes de chaleur matinales. Le temps est à la pluie. Au-delà du métro aérien et de ses grands espaces lumineux, l'aéroport est aussi à la pointe du modernisme avec son personnel. Les postes de police du service d'immigration sont occupés par des personnes handicapées….stupéfiant. Admirable. L'esprit Malais est d'avant-garde, pour nous Français.

Huit coups de tampons sur nos passeports, ça y est nous sommes en Malaisie ! Du moins dans le hall 11, car nous devons encore prendre un avion pour rallier Kota Bharu, au Nord Est de la péninsule.

Jungle, Jungle, Jungle, Jungle et Jun….ah non tiens ! du sable à travers le hublot!

Ça y est on approche de kota Bharu, nous y atterrissons à 11 H 20 sous la pluie battante. La récupération des bagages se passe sans encombres et c'est bien mieux comme ça ! Toujours emmerdant de commencer l'aventure par une tuile…..

Partir sans rien réserver à l'avance est une liberté exceptionnelle, mais j'avoue que de ne pas le faire pour la première nuit cela peut être du sport…

On s'avance au comptoir des taxis, car ici le prix est établi selon la course. L'aventure est l'aventure, mais pour la première nuit j'avais étudié le guide du routard. J'en ai choisi un avec piscine, pour la détente et la récupération.

- Where are you going ?

- Kota Bharu's town, Diamond Puteri hotel.

Le patron marque une demie seconde d'hésitation, et puisqu'en Asie rien n'est problématique :

- Ok, take this car.

Tout se déroule à merveille et c'est une chance car nous sommes crevés, il est physiologiquement 6 heures du mat'. Le chauffeur de taxi est amical et me fait répéter le nom de l'hôtel. Il s'assure qu'on ait réservé. Instinctivement je lui réponds que non….quel âne je fais.

 Il saute alors sur l'occasion pour m'en conseiller un autre, un sur lequel il a une commission….j'insiste et lui confirme mon choix. Il nous dépose bien évidemment devant un autre. Crotte de crotte.

 Bon, maintenant qu'on est là j'entre quand même dans le hall. L'hôtel semble gigantesque, luxueux mais étonnement vide. Personne. Je m'approche de la réception, les prix sont corrects mais pas de piscine….et vu la chaleur extérieure, ce n'est pas du luxe pour aujourd'hui !

 Rien n'est grave, j'ai un plan de la ville nous trouverons facilement le Diamond Hotel.

Facilement ; facilement pensé….j'avais oublié les bagages.

Lors de nos précédents voyages nous avions privilégiés les sacs à dos ; mais nous sommes rendus à l'évidence que pour le pragmatisme du quotidien, un gros sac, de type valise serait plus adapté à nos besoins.

Fier comme Artaban avec son sac à roulettes, écrasé par la chaleur et le poids du sac sur mon dos, je déambule dans les rues labyrinthes et défoncées de Kota Bharu. C'est des roulettes 4X4 qu'il aurait fallut à ce sac, je suis obligé de prendre en main les 30 kg de ce monstre de tissus. Je dégouline de sueur, et ne trouve pas ce satané hôtel.

- Je suis une vrai patate, je n'arrive pas à le localiser pourtant on aurait déjà du passer devant.

 On tourne en rond. Je suis mort.

 - Attends moi là avec les enfants, je vais essayer de le trouver.

 Isabelle part seule faire le pâté de bâtiments. La fatigue pèse lourd, je m'assois avec les enfants à l'ombre d'un parapet. Elle a senti que la pression et la moutarde me montait. Elle revient un quart d'heure plus tard, en vain.

 - Il n'existe pas ou plus, faut en trouver un autre…merci le routard !

- Avec ou sans piscine ? Le premier sur notre chemin fera l'affaire.

Temenggoh Hotel. Le fameux guide de l'hexagone mentionne qu'il est le meilleur dans sa tranche de prix ; soit, allons y. Heureusement que c'est le meilleur de sa catégorie, je n'ose même pas penser aux autres. Le prix de la nuit est certes attrayant, mais les prestations repoussantes.

 Pas de ventilation en état, la douche tire vers les bruns, la moquette est odorante, les cafards bien nourris atteignent des tailles dignes de figurer dans le guiness book …on va se régaler ce soir. Avant de partir à la découverte de la ville, j'inaugure la douche " engageante " en espérant ne pas chopper moult mycoses entre les doigts de pieds. Bien que rudimentaires, nos douches sont réparatrices.

 Quinze heures. Notre aventure malaise bat son plein. Nous déjeunons au marché. Nous quatre, testons chacun la spécialité du pays : le nasi goreng. Les aliments volent et virevoltent ; des pluies d'ingrédients aux consonances et origines inconnues atterrissent dans le wok à la guise du patron de l'échoppe. On mange. FA …meux ! Les mélanges sont subtiles, aux dominances aromatiques de citronnelle….sans le savoir nous goûtons au meilleur riz fris de notre voyage.

 

                                           

 

 

Les estomacs heureux, nous marchons pour respecter mon seul programme de l'après midi : Se perdre.

S'égarer pour rien voir, tout découvrir. Il est bon d'emprunter les rues ordinaires, celles perpendiculaires aux avenues à l'éclat trompeur. De notre courte expérience de voyageurs, nous savons que l'essentiel de la vie se rencontre dans ces petites artères. Les contacts sont nombreux, authentiques, furtifs.

Voisine et frontalière de la Thaïlande, Kota Bharu ne se démarque pas grandement des villes sudistes du pays voisin. Davantage de voitures peut être, quelques parcmètres. La plupart des occidentaux la boudent et préfèrent piquer directement sur les proches îles Perhentians, mais la citadine n'est pas sans charme. Les rickshaws lents se traînent sur la voirie avec les épaves roulantes ; les enfants se lavent dans la rue ; le muezzin rythme le bouillon de la vie ; les étincelantes mosquées partagent l'espace avec les habitations des plus démunis ; les marchés sont hauts en couleurs, relevés en odeurs.

Kota Bharu offre à celui qui veut bien voir, ses joliesses.

 

       

 Le jour s'éteint, et laisse place au déluge. Chouette, il fera moins lourd après… penses tu ….

Nous nous abritons sous les avants- toits des bâtiments, prévus à l'origine pour protéger du soleil. Le marché étant à ciel ouvert, nous craignons de ne rien trouver à manger. Nous devons chercher une petite gargote abritée, mais la difficulté est de passer aux travers des grosses gouttes et de ne pas se rétamer. Nous ne sommes chaussés que de claquettes et les sols de ces abris de fortune sont carrelés…pas sûr qu'ils connaissent Candeloro ici… Les Malais s'amusent de nous voir si ridicules, si désarmés.

Un homme traverse, et escorte sous son parapluie Isabelle et Morgann. Adorable.

Tout semble fermé après 18 heures, nous trouvons une popotte chinoise ouverte. L'accueil y est très chaleureux ; et le riz servi dans une feuille de bananier, succulent. Loïck et Morgann sont heureux, pas de place aux mondanités, ici on mange avec les doigts. La fatigue est là depuis ce matin et l'épuisement arrive au galop, Morgann s'écroule stricto sensu entre le riz et le verre d'eau. Il est dix neuf heures trente, nous rentrons sur l'hôtel à reculons.

 Clic ! Clic ? clic-clic !! ??? Saloperie d'interrupteur…

 Il n'y a pas d'électricité dans la piaule maintenant…il est vraiment à la ramasse cet hôtel. Génial !! Va falloir sortir les torches du fond du sac…grrr !! A ce compte là, peu être est il préférable de ne pas ouvrir le lit. Les draps doivent se parer des couleurs les plus énigmatiques qui soient….je vais sortir aussi les sacs à viande. Nous pourrons comme cela tester l'efficacité des répulsifs contre les tics….

- Bonne nuit les petits…..

Jeudi 21 Juillet

Sept heures !!! Inspection générale….rien de bien méchant, uniquement quelques piqûres de moustiques. Nous ne passerons pas une nuit de plus ici. On fait les bagages, on déjeune et ON dé mé nage !!! Nous ne mettons pas une heure trente à effectuer le transfert ; je suis ravi que l'imprévu n'ait pas rogné davantage de temps sur le programme de la journée…programme aussi culturel qu'insolite.

 Constituée de treize états, dont neuf d'entre eux sont des sultanats, la Malaisie offre un paysage ethnique sans pareil. Malais, Chinois, Indiens, aborigènes Orang asli sont présents sur la péninsule et pas moins de 25 groupes ethniques sur la partie orientale, Bornéo. Majoritaires dans le pays, les malais sont pour la plupart musulmans. Le Kelantan, état de la capitale Kota Bharu, est le plus malais et le plus conservateur des sultanats.

Alors en quoi mon programme est insolite ?

Par l'existence de Wats, temples bouddhiques, dans cette région islamique tout simplement. Des Bouddhas assis et couchés couchant chez Allah ! La visite est incontournable….

 Les temples ne sont pas bien nombreux, mais nous n'avons pas assez de notre journée pour les tous les découvrir. En dépit de mes abondantes lectures, les récoltes d'informations furent très maigres, quasi nulles.

 Mon instinct nous emmènera dans le district de Tumpat au Wat Phohtivihan et Wat Phikulthong. De façon à perdre le moins de temps possible, nous interpellons de la main un taxi. Les négoces sont brèves, équitables.

 Après avoir traversé rizières et jolis bourgs nous parvenons sur le Wat Phikulthong. D'un coup d'œil je scanne les horizons ; pas de village, pas de vie. Je demande alors au chauffeur de nous attendre.

Personne, pas l'ombre d'un homme. Une vache et trois chèvres se partagent les ordures à l'entrée du temple lorsque nous passons sous le porche menant au Wat. Temple placé sous la protection d'un immense et impressionnant Bouddha assis, couleur bronze. L'endroit est étincelant et d'une quiétude à vous interroger s'il est permis d'y entrer.

 En éclaireur j'avance rassuré, car de nous quatre je suis celui qui ressemble le plus à un bouddhiste. Alors que seule la vue extérieure de l'édifice nous remplissait de joie, un bonze s'approche et nous invite.

L'intérieur est d'or, de rouges et d'oranges. Les murs sont ornés de tableaux narrant l'histoire de Buddha, certains d'entre eux sont d'une telle perfection dans la cruauté qu'il nous faut tourner la tête. Les questions émergent, fusent ; mais la barrière des mots sera trop haute. Nous repartirons du temple avec nos frustrations interrogatives.

Wat Phohtivihan n'est qu'à deux encablures du précédent, nous ne mettons qu'une petite demie heure pour s'y rendre. Hallucinant !!! Nous n'avions jamais vu d'aussi imposante statue religieuse. Normal aussi cependant, avec ses 40 mètres cela serait le plus grand de toute l'Asie du sud-est !

 

 

La représentation de Bouddha si gigantesque soit elle, n'attire personne. Nous sommes ici, encore seuls, du moins les seuls étrangers.

 Du bruit, des cris, des rires d'enfants. Nos oreilles ne nous trompent pas, elles nous guident vers le fond de l'enceinte religieuse.

Comme la vague en fin de course épousant son récif, nous prenons une déferlante de tendresse, de douceur.

Des enfants accourent, nous rejoignent. Pour notre plus grand bonheur, nous sommes pour quelques heures leurs extra- terrestres.

                                             

 Ils nous dévisagent, nous touchent, rient aux éclats, nous retouchent, se re-poilent….Nous ne faisons pas une foulée sans que la horde d'amour emboîte nos pas….c'est un moment vrai, touchant.

 Même si le jour est loin de tirer sa révérence, nous devons partir. Nous sommes contraint de revenir sur Kota Bharu pour assurer notre programme de demain : les îles Perhentians, endroit le plus fréquenté de la côte EST.

 Alors les petites mains s'agitent pour nous saluer, nous dire adieu.

 Que de sourires dans nos yeux….

 Peu éloignés de notre hôtel, quelques étalages vendent fruits et autres mets mystérieux. Le primeur nous hèle. On s'approche. Je reconnais les durians. Aïe ! J'y vais plus tranquilou du coup.

Le fruit a la réputation aussi mauvaise que son odeur. Le gars me propose de goûter à son horreur pestilentielle ; il est déjà mort de rire. Un homme averti en vaut deux, dit on, j'avance et j'accepte.

Tchac ! D'un coup de machette le fruit se fend.

                                                              

                                          

L'intérieur, d'une couleur blanchâtre, est aussi accueillant que ses relents. Priant je ne sais quel dieu pour que la mise en bouche ne soit pas suicidaire, je m'exécute et enfourne la chair du durian. Texture peu agréable, du genre chamalow fondu, je rassure les miens et avoue étonnement que c'est bon….

Quel menteur je fais….

Je surenchère, j'en bouffe un autre. Le gars est frustré….Isa et les petits aussi. Ils voulaient se payer une tranche, ma tronche.

 Ils y goûtent à leur tour…. Le piège se referme. Je jubile devant le concours de grimaces….n'est il pas impoli de cracher ce que l'on vient de vous offrir?

 Nous avons bien fait de choisir cet hôtel ; la réception se propose de nous trouver, moyennant les communications téléphoniques, un bungalow sur les îles Perhentians.

Pas simple, apparemment.

 La jeune femme passera une demie douzaine de coup de fils avant de trouver quoi dormir. Nous poserons les bagages sur la plus grande des deux îles : Pulau Besar, au Co-co hut bungalows. Douchés et rafraîchis pour quelques secondes, nous partons dîner dans le petit complexe animé que nous avions remarqué à notre retour. Juste après le marché du fruit défendu.

La structure architecturale du complexe commercial rappelle une arène, mais sur deux étages. Au premier les fringues, au rez de chaussée la bouffe. Un resto et une télévision tous les quatre mètres. Le choix va être compliqué. Aujourd'hui l'affluence et le succès de l'établissement ne seront pas uniquement dus aux prouesses culinaires du cuistot….maudite télé.

 L'avantage en Asie, c'est que les batteries sont en plein air, nous inspectons alors la couleur des huiles de fritures dans les woks et la tronche des salades en " vitrine ".

Celui-ci semble correct, nous nous asseyons et mangeons des mee goreng, pâtes frites. L'endroit est fréquenté par des enfants et des ados, tous installés devant l'émission culte : Star academya, amusant hors de nos frontières mais aussi abrutissante. Le principe est le même que chez nous, les candidats chantent aussi faux mais ici lorsqu'un élève du sexe opposé est éliminé, les accolades et embrassades ne sont pas de rigueur…

 Nos deux petits gourmands souhaitent terminer leur repas d'une glace. A chaque baraquement sa spécialité, on doit bouger. En face du foodstall proposant sorbets et cônes aux moult parfums, une ribambelle de gamins jouent. Nous les regardons évoluer quelques instants sur l'armature métallique d'un ancien commerce.

Les menottes souillées sont agiles, les visages lumineux. Voyant mon appareil photo en bandoulière, un malais s'agite et me somme de l'immortaliser…D'un sourire je l'en remercie, et lui montre le cliché numérique. Les secondes suivantes sont folles…

- Picture, picture….. Réclament les enfants. Tous veulent se voir sur le petit écran…

 

        

Certains d'entre eux, les garçons principalement, font les pitres pour demander implicitement d'être pris en photo. Ils se taquinent, prennent les tongs des autres copains, les balancent à l'autre bout de la placette….on se marre et eux s'éclatent de nous voir amusés….

 - Et cette glace ? on se la fait ? Tous les bambins nous suivent. Génial. Nous posons nos derrières, les pitchouns font de même en prenant des chaises appartenant au resto voisin. En sages délicats, ils s'installent à quelques mètres de nous…nous volons la vedette à la Star Académie locale.

- Tournée générale …. Les langues se bigarrent alors au gré des colorants.

Que j'aime ces minutes…

 Les enfants nous suivront jusqu'à l'hôtel….